jeudi 25 mai 2017

La réconciliation ....................................Episode 67



Il arrive à la grille du château deux minutes plus tard et se gare, là ou les employés du château lui demande de le faire. Le gardien l’accompagne pendant que le jardinier ferme la grille.
Il gravit les marches du perron, et est introduit dans la magnifique entrée, recouverte de tableaux superbes. Il n’a pas le temps de les admirer que le docteur pénètre dans le vestibule suivi de Monsieur le Curé qui le salue d’un Joyeux :
Bonjour, André comment vas-tu ?
André :
« - Très bien, que c’est beau chez vous !
Le docteur Melchior :
« - Viens, nous allons aller jusqu’au salon blanc. C’est une couleur neutre. »
André :
« - Je ne suis pas de votre avis, c’était la couleur des Rois de France. »
Le docteur Melchior :
« - Dans une autre vie André, nous sommes en république. André, la royauté c’est bon pour les Anglais.»
André :
« - Vous avez raison, je suis encore marqué par mon passé récent. »
Monsieur le curé :
« - Assied-toi ici André, face au docteur Melchior, moi je me tiendrais au bout de la table, je ne suis qu’un rédacteur, observateur et témoin. »
Chacun s’assoit et le docteur Melchior pose sa lettre devant lui.
Le docteur Melchior :
« - Puisque tu es ici André, c'est que tu n’es pas opposé à  l’essentiel de mon texte. J’ai accepté tes excuses, je reconnais les efforts que tu fais pour reprendre un chemin, que tu n’aurais jamais dû quitter. Ce sont les gages que nous attendions. Merci. »
André :
« - Je souhaiterais seulement quelques aménagements à vos conditions, sur le calendrier surtout, c’est trop strict.»
Le docteur Melchior :
« - Ce texte André, est une chartre de bonne volonté, les dates et ses applications resteront de ton choix. Il se s’agit pas de t’enfermer dans un ghetto, mais de respecter la ligne que l’on souhaite, à toi de l'adapter à une planification. L’important c’est le résultat final et son évolution dans le futur. »
André :
« - Dans ce cas, je signe votre document immédiatement. »
Le docteur Melchior savoure sa victoire.
André :
« - Voici la lettre que j’ai envoyée au parti, je vous en ai apporté une copie et je vais la publier dans l’Angérien de mercredi. J’ai déjà signé le bon à tirer et j'ai réglé la facture. »
Le docteur Melchior :
« - Ce n’est pas la peine, ta lettre et votre réunion de la gare a mis un tel bazar dans leurs troupes qu’ils sont morts. Nous avons nos agents parmi tes anciens amis. Nous sommes au courant. Ce sont leurs problèmes, nos amis n’ont pas bougé. Mais quand tu fais les choses André, je reconnais que ce n’est pas à moitié. Ils ont explosé en une seule soirée. Même les gendarmes le savent. Nous savons aussi pour ton nouveau syndicat. C’est une excellente idée, elle plait beaucoup au maire. »
Monsieur Le Curé :
« - Nous avons besoin de toi pour remplacer le maire. À son âge, il veut se retirer. Il a apprécié comment tu as cassé son syndicat rétrograde et sans intérêt pour les travailleurs. Il veut mettre en place avec ton équipe  des idées nouvelles, modernes, jeunes autour d’une participation aux résultats qui enrichira tout le monde. Il te connaît et tu as été son adversaire dans les négociations. Il sait ton âpreté à la négociation. Il souhaite que tu le remplaces à la tête de sa liste. »
André,
Je pourrais la modifier un peu ?
Monsieur le Curé :
« - Tu en auras tout le loisir, beaucoup parmi les anciens souhaitent se retirer, ils sont avec le maire depuis le début, d’autres sont morts, malades ou fatigués, il reste de la place pour le changement. Nous aimons pour le village ton idée de liste d’union municipale, basée sur le partage des actes et des devoirs. Nous avons apprécié ton idée de donner du travail aux fermiers, partager les fermages entre les jeunes qui se lancent pour garder les familles au village, la création d’un CEG, d’une piscine et d’une nouvelle zone d’accession à la propriété. 
 Le docteur Melchior :
« - Tout cela va coûter cher, mais soit tranquille nous aurons les financements. Tout ne se fera pas en un jour, mais si nous mettons en place tous ensemble cette plate-forme d’objectifs, je me demande qui va la contester. Il y aura toujours, les quelques mauvais coucheurs habituels, mais personne ne les suivra et nous aurons 90 % des voix des employés de l’usine, le reste se partage entre les gens qui vont à la messe, la clientèle des bistrots et du football. J’apprécie beaucoup que tu éduques tes enfants de cette façon, comme leur apprentissage des sciences, de l’histoire etc. C’est un bel exemple pour les autres. J’ai appris avec plaisir, qu’il étaient devenus des bombes en classe. »
André :
« - Oui, c’est nouveau. Mais l’école, c’est Germaine, quoique Pierrot est devenu un peu l’âme de la maison. C’est à lui que je dois ce changement. Il m’a fait prendre conscience de mes erreurs et des mauvais choix que je faisais.
Le docteur Melchior :
« - C’est ton fils Pierrot qui t’a conseillé de m’écrire ? »
André :
« - Non, ce n’est pas lui. »
Le docteur Melchior :
« -  Diantre, mais qui est donc cette personne si importante du clan Hillairet qui a su convaincre le Maître de ce village de changer à ce point… Ta charmante épouse peut-être, je ne vois plus qu’elle ?
André :
« - Non, docteur Melchior, c’est Gros Sel.
Le docteur Melchior :
« - Gros Sel, le Pitchoun si rigolo. Et, tu as suivi ses recommandations, son conseil ?
André :
Il a été malin, il m’a présenté des arguments simples qui m’ont touché.
.Au début, je n’ai pas compris qu’il parlait de vous. Pierrot l’a aidé et a repris une par une, les choses qu’il me disait. Ma femme et la grand-mère en ont rajouté elles aussi. Le lendemain, Germaine a continué et l’évidence m’est apparue. Si je voulais garder ma famille, vivre plus tard près de mes petits-enfants, je devais réagir… J’ai craqué et je vous ai écrit cette lettre en vous demandant pardon, je me suis mis à votre place, celle de monsieur le Curé, des autres et j’ai eu honte. Ensuite, j’ai eu envie de réparer le mal que je vous avais fait. L’avenir dira, si j’ai eu tort ou raison mais j’ai choisi une autre voie, et j’ai envie de la suivre jusqu’à la fin. Mais …j’y pense dit-il comment connaissez-vous Gros Sel aussi bien ? 
Le docteur Melchior :
"- Je suis souvent chez Monsieur le Curé et de son salon au-dessus de la cour, tout s’entend."
André :
« - Ah je vois, on écoute aux portes… »
Monsieur Le Curé :
« - À notre age André, nous n'écoutons pas,...on se distrait… » Et sur cette boutade tous éclatent de rire.
André termine le café que leur a servi Rose à son arrivée. Le docteur Melchior se lève et avance jusqu’à la table pour prendre une bouteille posée sur un plateau.
Il pose trois petits verres cerclés de dorure, et les remplit au trois quarts. Il prend un verre et :
« - A notre avenir dit-il et que notre union soit un succès pour tous. »
André trempe ses lèvres et avale une gorgée pour goûter et s’arrête surpris. Il demande :
André :
« - Mais d’où vient cet alcool d’exception ? Il ne date pas d’hier…»
Le docteur Melchior :
« - 1915... André, ce fut une grande année. Il a 45 ans cette année. »
André :
« - Mais c’est mon année de naissance. » C’est incroyable. Quelle magnifique saveur il a su conserver ! »
Le docteur Melchior :
« - Je suis œnologue à mes heures et c’est moi qui le fabrique. Cette bouteille, je te l’offre en guise de réconciliation »
André : 
« - Docteur Melchior, c’est excessif, Mais je vous remercie, c’est un grand honneur. »
Le docteur Melchior :
« - La page étant tournée de façon définitive, il va falloir s’organiser avec votre garde secrète pour que nous commencions à préparer l’avenir. Monsieur le Curé, c’est à vous. »
Monsieur le Curé
« - La première chose à faire, c’est de réconcilier le village avec le château. Je vais donc annoncer à la messe de dimanche, que pour recevoir plus de monde, nous ferons la kermesse annuelle ici, dans le parc du château. Et, c’est toi André qui va monter sur ma chaire et annoncer la bonne nouvelle. Le docteur Melchior sera présent et viendra te rejoindre pour le confirmer. Ensuite, nous poserons deux mille affiches jusqu’à Saint-jean d’Angély et nous travaillons sur une surprise. Nous en parlerons quand les choses seront sûres. Ta caution et la mienne emporteront l’adhésion des fidèles. Ce sera ta première action publique. Tout vient à temps pour qui sait attendre. Nous préparons la montgolfière, elle sera gonflée et dominera les activités, nous ferons des baptêmes de l’air sans vol, juste la faire monter et descendre, il y aura aussi deux expositions, une à finaliser, l’autre sera organisée sous le contrôle de Tapioca. Nous la préparons actuellement avec elle.
Le docteur Melchior voyant qu’il est proche de midi leur dit :
 « - Il se fait tard, Messieurs, j’avais dit une heure nous en sommes à deux, mais c’est du temps bien employé. On se retrouve mardi à quatorze heures pour une séance de travail plus technique. Les trois hommes se lèvent et se dirigent vers la sortie. Sur le perron, le docteur Melchior se tourne vers André et lui dit :
« - Mon cœur ne m’a pas trompé, je savais que vous étiez un brave homme.
André ému:
« - Merci Monsieur ! Oh pardon! merci docteur Melchior. Monsieur le Curé, Je vous dépose en passant.»
Le vieux curé :
« - J’accepte bien volontiers, mes vieilles jambes me font tellement souffrir. »
Ils prennent congé du docteur Melchior, montent dans la voiture et quittent le château en direction de l’église.
Monsieur le Curé :
« - C’est bien André, nous pouvons avancer et tu seras notre prochain maire. Nous avons rendez-vous mercredi matin avec Monsieur Malveau à dix heures. Passe me prendre, nous irons ensemble. C’est possible pour toi ? »
André :
« - C’est bon pour moi, à Mercredi lui dit-il pendant que le vieux curé descend de la voiture, » 
Monsieur le Curé :
« - A bientôt André. »
André redémarre aussitôt pour retourner chez lui. Si quelqu’un lui avait dit que c’était Le Curé qui tirait les ficelles de la vie du village, régentait la vie politique municipale, il ne l’aurait jamais cru. »
Il a bien fait de retourner dans son écurie, ils sont au courant de tout, comme Pierrot. Mais, comment fait-il ? Lui aussi est au courant de tout. Il n’e peut pas être à son âge son confident. Je comprends mieux pourquoi, nous avons jamais pu nous imposer avant, nous n’avions aucune chance. Tout était joué d’avance.
Il regagne sa maison, heureux de cette réconciliation, mais surtout soulagé. Germaine curieuse l’attend avec la grand-mère dans la cour. Dès qu’il est descendu, il est pressé de mille questions.
Les deux femmes :
« - Alors, comment est-il ? Est-il gentil ? comment est sa maison ? Comment sont ses meubles ? les plafonds ? les murs ?…Les questions fusent de toutes parts, sauf sur le sujet réel de la visite. Elles n’ont rien à faire, de ce qu’ils se sont dits.
Elles arrivent malgré tout à obtenir des réponses et satisfaites lui servent son déjeuner. À la fin, à bout d’arguments, il leur lâche du bout des lèvres :
« - La kermesse se fera au château, nous serons tous invités, vous aurez le loisir de tout découvrir et de lui poser plein de questions. Comme deux petites folles, les deux femmes gloussent comme deux gamines. Tantôt, elles iront brûler un cierge à l’église. Elles réalisent elles aussi, sans en avoir jamais parlé, un rêve d’enfant qu’elles n’espéraient plus.
L’après-midi, le maître donne les résultats du mois. Il n’a pas eu le courage de les départager. Le chant aurait donné une avance légère à Tapioca, mais cela aurait été trop injuste. Il aurait dû dans ce cas rajouter une note supérieure pour le sport à Pierrot. Ils sont donc  ex æquo, avec 17/20 de moyenne.
À l’énoncer des résultats toute la classe se lève et applaudit. Le troisième est à 15/20. Le soir dans les deux familles, c’est la fête et André invite les parents de Tapioca à déjeuner dimanche pour fêter l’événement. Tapioca compte bien pour cette occasion, leur présenter Umagu qui ne peut-être que de la fête.




Dernières mises au point............................... Épisode 66



Quelques jours plus tard, ils ont à faire face, à une autre adversité, beaucoup plus intelligente et motivé. Le chef de gare a demandé illico sa mutation pour raison de santé. Ses cinq autres collègues malhonnêtes ont tous démissionné. Tous les autres regagnent le nouveau syndicat créé par André.
Le parti reçoit à la fois la lettre de démission d’André et constate l’explosion de sa cellule. Il découvre par la même occasion les indélicatesses. Il préfère faire profil bas pour éviter que le mal ne se propage, sachant que partout, ces exactions financières existent. Elles sont monnaie courante et à différents niveaux, bien que réprimées par la loi. Sa démission est entérinée immédiatement.
André, va pouvoir se présenter à la messe dominicale l’esprit tranquille. Ce lundi, il doit défendre ses nouvelles intentions et convaincre de sa bonne foi. Dans la journée, le village apprend sa démission du parti communiste. Un amalgame est vite fait entre l’histoire financière, les détournements du syndicat et la dénonciation de ces actes qu’il a découvert. Tous pensent, qu’il a bien fait de quitter ce panier de crabes, et certains se disent qu’ils feraient de le suivre.
Au café le soir, il est à nouveau la cible bienveillante des uns et des autres. Il explique cent fois, les raisons de son évolution politique. Il précise que mercredi dans l’Angérien libre, il publiera le double de sa lettre de démission.
La soirée se termine comme tous les autres soirs. En chemin, il commence à se sentir élu calife, à la place du calife.
Il a en tête, les bases de son équipe municipale. Fort des habitudes du parti, il veut en secret la couvrir d’un conseil de surveillance, organisé autour des amis qui l’auront accompagné. Il les réunit et leur explique ce qu’il souhaitait faire.
Un groupe de pilotage est créé. Le premier est chargé de mettre en place son ascencion municipale, l’autre le nouveau syndicat de l’usine. Ils se retrouveront une fois par semaine. Leur action ne dépendra d’aucun parti et sera indépendante. Ils accepteront des gens de tous les bords, à la condition que les choses décidées en commun, soient respectées et exécutées.
Chacun se met au travail. L’équipe chargée du syndicat libre demande un rendez-vous à la direction. Ils arrivent avec des propositions basées sur les résultats de l’entreprise. Ils proposent de nouvelles idées, demandent un intéressement au-delà des résultats prévus, afin d’encourager le travail et décourager l’absentéisme.
Le syndicat propose également, de créer des services sociaux interne, une aide à l’éducation, aux vacances des enfants, une bibliothèque, une cantine et une garderie pour les petits. Toutes ces mesures ont immédiatement un grand succès et sont perçues par les employés, comme une évolution sociale de l’entreprise.
Immédiatement, les adhérents affluent, au détriment de l’autre syndicat qui disparaît, victime de sa propre incompétence. Même le CE, souhaite les rejoindre rapidement, mais prudent le responsable du syndicat libre, demande à contrôler les comptes pour être certain de la probité des élus qui le dirigent. Chaque lundi soir, une réunion permet de faire le point.
Le dimanche, il est présent à l’église tout en restant discret, il ramène une dizaine de ses équipiers dans l’écurie de Monsieur le curé. Ce dernier se fend dans son omélie, d’un bel hommage à André pour le remercier. Il appuie sur son assiduité nouvelle et sur son courage politique. Il rappelle qu’il vient de braver seul le communisme, une force démoniaque, malsaine, inhumaine et sanguinaire.
Il le remercie d’avoir conduit de nouvelles et pas des moindres, âmes égarées sur le chemin de la rédemption. Leurs femmes comme Germaine avant elles sont heureuses et fières de ce revirement et sont toutes, acquises à la nouvelle cause d’André.
Tout le village a depuis longtemps compris ce que veut André. Il est difficile de lutter contre une équipe qui gagne, beaucoup souhaitent le rejoindre immédiatement.
Une fois encore ce dimanche, le Réveil a gagné. Depuis l’avènement d’André comme partenaire du club, ils voient les victoires s’accumuler. Ils ont maintenant sept points d’avancent sur le second. Tout ce qu’il touche se transforme à son avantage. Le village est en ébullition, mais les élections ne sont que dans huit  mois, André se dit ;
« - Qui va doucement va longtemps. »
Il ne souhaite surtout pas brusquer les choses. Arriver chez lui, il pousse la porte de sa maison où la famille l’attend pour dîner.
Germaine :
« - Tu es en retard, les gosses ont faim. »
André en souriant :
« - Ils ont peut-être faim, mais qu’ils pensent que d’autres n’ont rien à manger, ces dix minutes d’attente leur paraîtront raisonnables. »
La grand-mère :
« - Ces choses n’ont rien à voir, l’heure c’est l’heure. »
André :
« - Alors, qu’ils mangent dit-il en s’asseyant. Comment s’est passé la journée ? »
Gros Sel ;
 « - Pour moi bien, pour Pierrot un peu moins, il a découvert que son amoureuse aura bientôt 75 ans, que nous partons chasser le mammouth, mais le pire est à venir. Il s’est rabiboché avec Tapioca par dépit et les merdes vont recommencer… »
Tous se marrent, seul Pierrot qui hausse les épaules, dégoûté.
Pierrot :
« - Papa, Le Professeur est venu à l’école faire une conférence, le maître était super content. Je lui ai dit que le Professeur était un de tes amis et que tu lui avais proposé de venir présenter le papillon, je crois bien que j’ai gagné un point de plus aux compositions tellement il a été content. Mais, je ne l’ai pas fait pour ça. »
André :
« - Je sais ton maître m’a téléphoné pour me remercier, La prochaine fois, préviens-moi j’aurai l’air moins con !
Germaine :
« - André, surveille ton langage à table, tu ne te confesses même pas, n’exagère pas, s’il te plait. »
André :
« - Ton Professeur s’est aussi présenté à la gendarmerie et ils ont reçu l’ordre de le protéger, couvert par un dossier top secret. Il vient s’installer dans le village.»
Pierrot : 
« - Je sais papa.»
André un peu énervé:
« - Comment sais-tu ?...tu sais… Mais, que sais-tu encore ? Toi, le malin… »
Pierrot excité :
« - Tu l’auras voulu…Je sais que le Professeur est allé à la gendarmerie, je sais qu’il leur a dit qu’il venait habiter au village dans la maison aux géraniums, je sais que tu as écrit au docteur Melchior que vous avez rendez-vous lundi. Je sais également que tu as démissionné du parti et fais exploser le syndicat, ta cellule, je sais aussi que désormais, le chemin de la mairie, du Conseil général te sont ouverts. Je sais et mon petit frère aussi le sait. Attention Papa, pierre qui roule n’amasse pas mousse. Entoure toi d’une équipe sérieuse et méfie toi de certains…Ils te planteront dès que tu auras le dos tourné. À partir de ce soir, ne fais plus confiance à personne sauf à maman et à nous. Crois moi Papa. Ah, j’oubliais, en début de semaine, le maire va t’appeler, il veut négocier avec toi pour la mairie. »
André :
« - Le Maire, tu es fou, il ne me parle plus depuis la dernière grève. Il n’a jamais digéré l’augmentation qu’il a dû faire.
Pierrot :
« - Donc il sait qu’il peut te faire confiance, les deniers municipaux seront dans de bonnes mains. N’étant plus communiste, il n’a plus aucune raison de te faire barrage, bien au contraire.
André,
« - Mais, comment es-tu au courant d’autant de choses ? Je suis sûr que ta mère n’a pas su garder sa langue. »
Germaine :
« - Ne recommence pas ta suspicion maladive, je n’ai pas vu Pierrot de la journée, il vient juste de rentrer.
Gros Sel :
« - Moi je le sais, il s’est assis sur le bord de la margelle du puits, devant chez le Professeur et il a regardé le ciel. Je l’ai vu, il lisait dans le ciel…
Germaine et la grand-mère se signent en s’écriant :
« - Par la vierge Marie, priez pour lui. »
Pierrot :
« - Maman, j’ai faim, sers nous quelque chose à manger. »
La grand-mère :
« - Ça ne m’étonne pas, ils ont rien avalé ce midi, j’ai retrouvé le sac intact. »
Germaine :
« - Tu sais Pierrot que je ne veux pas que vous restiez toute la journée le ventre vide ! »
Pierrot :
« - Nous avions beaucoup de travail, aujourd’hui et, Monsieur le Curé voulait que tout soit terminé pour cinq heures. »
André :
« - Il a eu raison tout doit être prêt pour sa fête. »
Germaine le regarde, et ne peut s’empêcher de se dire, qu’il évolue encore plus vite que les enfants.
Le repas est avalé selon les bonnes habitudes, et André se range aux thèses de son fils. Tout semble passer par lui désormais, les idées, les choses à faire et une certaine organisation. Tout ce qu’il dit se réalise. Comme il devine tout, c’est plus facile de se préparer. C’est un fin stratège. Il doit l’écouter encore davantage.
Pierrot à son père:
« - Demain à ta réunion, un dernier conseil, fais profil bas, ne les attaque pas et accepte tout, tout et tout, ne discute même pas, laisse les manœuvrer, tu auras ensuite carte blanche. Vous avez exactement les mêmes idées, vous n’avez pas les mêmes façons de les expliquer. Ils cherchent un maire honnête, courageux, dynamique, ils veulent que ce soit toi. Ne gâche pas cette chance, fais moi confiance Papa. C’est mon cœur qui te parle.
André est secoué et Germaine à des larmes dans les  yeux.
André :
« - Je te le promets mon fils, pour une fois tu mérites bien que je t’écoute. »
Pierrot :
« - Je suis fatigué, je vais dormir. Nous n’avons plus rien à craindre, je n’ai plus qu’à surveiller papa et bosser à l’école pour être le premier, bonsoir je monte me coucher.
Gros Sel :
« - Attends, je monte avec toi. »
André va faire son petit tour quotidien, Germaine range et tous très vite, se retrouvent dans les bras de Morphée.
Pierrot essaie bien de chercher la Goulue, mais quelques secondes plus tard, il se retrouve dans les bras de la grand-mère de Tapioca. Très vite, il essaie autre chose et se met à rêver à de nouvelles aventures dans le ciel du temps.
Le lendemain matin, tous ont leurs occupations matinales et les enfants viennent de partir à l’école. Tapioca est passé chercher Pierrot et tous les trois sont partis la fleur au fusil. Ce soir, le maître donne le résultat du mois et la lutte fratricide est terminée. Vendredi, il y a eu le chant, seule cette note va les départager.
Habillé comme un dimanche, André est prêt à partir. Il a sa serviette sous le bras comme un directeur de l’usine. La voiture est rutilante de propreté. À six heures ce matin, il était entrain de la briquer. Après avoir vérifié les soins des vaches, il est rentré à la maison pour se préparer. Il a déjeuner, puis il a pris sa douche, s’est lavé les cheveux et rasé  de près. Il a enfilé les vêtements que Germaine lui a repassés. Ses chaussures sont comme pour aller à la messe. Il choisit de porter une jolie cravate claire et descend beau comme un jeune marié, ce qui ravit les 2 femmes. Elles ne manquent pas de le souligner, l’une comme l’autre.
À neuf heures cinquante, il monte dans sa voiture et part en direction du château. En passant devant la maison aux géraniums, il ne peut s’empêcher de tourner la tête et…, il aperçoit Professeur de la Fenière qui sort de chez lui pour faire quelques pas dans le village. Vu l’heure, il ne peut même pas s’arrêter et lui parler. Mince, se dit-il je n’ai pas de chance. Mais je sais qu’il habite ici, j’irai sonner à sa porte et je me présenterai à lui. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il aura beau sonner, le Professeur dort au château dans une très belle chambre et pas dans cet endroit de composition. Il pourra toujours sonner.