jeudi 4 mai 2017

Il est cinq heures, les censeurs se pointent.............. Épisode 53

À cinq heures pile, Les deux conservateurs garent leur voiture dans la cour de la ferme. André sort pour les accueillir et les invite à pénétrer à l’intérieur de la maison. Il fait asseoir ses hôtes autour de la table pendant que Germaine sert le café. Pierrot et son frère se sont placés à chaque extrémité. Quand ils sont tous installés, André va chercher sa gnaule et trois verres. Quand il a des invités, c’est un rituel immuable, la gnaule d’André est presque une légende, il ne peut s’empêcher de montrer qu’il est le meilleur partout. C’est plus fort que lui.
Les formalités de bienséance étant terminées, il est temps d’en arriver aux choses sérieuses. La grand-mère qui ne veut pas perdre une miette des débats a rapproché sa chaise et tout en reprisant ses chaussettes, s’est installée au premier rang.
Monsieur Brunet prend la parole:
« - Nous sommes ici avec Monsieur le Conservateur principal des musées du Poitou-Charentes. Je n’ai pas besoin de vous préciser, qu’il ne se déplace jamais pour rien. Il faut que le sujet soit important, pour qu’il le fasse un samedi après-midi. C’est un fonctionnaire nommé directement par le Ministre de la culture.
Mais, venons en aux faits. Toutes les études des objets que vous nous avez confiés nous ont amené à réaliser des recherches en laboratoire pour confirmer nos premières observations. Si toutes les analyses sanguines engagées se confirment, nous allons déclancher un tsunami, et bouleverser le monde scientifique.»
André :
« - Soyez plus clair Monsieur Brunet, je ne comprends pas comment trois os, une dent, deux bols et quelques pierres taillées peuvent avoir de si extraordinaires pour déclancher ce que vous dites. C’est quoi d’ailleurs ce truc ?»
Monsieur Brunet :
« - C’est simple, c’est un bouleversement scientifique. Monsieur Hillairet vos trois os, et la dent sont des restes de dinosaure. »
André  accuse le coup, mais reste stoïque, pendant que Germaine et la grand-mère se signent :
« - J’accepte que cette nouvelle vous paraisse surprenante, comme à nous d’ailleurs, mais, ce ne serait pas la première fois que l’on ferait ce genre de découvertes, c’est plutôt bien, pour une petite commune comme la nôtre. »
Monsieur Brunet :
« - Le plus important Monsieur ne réside pas dans le fait que ce soit un dinosaure bien que Loulay ne soit pas répertorié dans une des zones reconnues pour ce genre de découvertes. Nous serions vers Sarlat, ce serait plus plausible. Mais, après une l’étude plus approfondie de la composition de ces restes, nos chercheurs ont conclu qu’ils venaient du même animal et qu’il était encore vivant, il y a moins de dix jours.
André reçoit un second coup qui le déstabilise un peu, il cherche à gagner du temps pour récupérer :
« - Soyez plus précis Monsieur le Conservateur, le dernier dinosaure est mort, il y a 75000000 d’années. Ne me faites pas rire Messieurs. Vous n’êtes pas venu un samedi, à cinq heures du soir, pour m’annoncer que vous croyez à cette stupidité. Vous m’apparaissez comme des personnes sérieuses, pas des affabulateurs. J’ai l’impression d’avoir devant moi, deux farfelus qui nous feraient une blague de potache. »
Monsieur Brunet :
« - Mardi dernier, votre épouse que je connais depuis le lycée, m’a apporté les restes d’un animal. Ils étaient accompagnés d’autres pièces intéressantes. Elles semblaient toutes de la même époque.
La première chose qui m’ait frappé, c’est l’aspect de ces restes. Ils étaient d’un blanc immaculé, comme le seraient les os d’un animal qui vient juste d’être dépecé dans un abattoir. Il restait même de minis lambeaux de chair séchée accrochée au niveau des cartilages et sous la coiffe des os. 
Vu leur grosseur, j’ai immédiatement pensé à des restes d’un éléphant ou d’un rhinocéros qui aurait été sacrifié par des trafiquants pour récupérer l’ivoire.Leurs restes auraient été dispersés dans la campagne et à Loulay par un pur hasard.
Nous avons effectué les photos et les radios d’usage. Dans le cas de restes, d’ossements, d’objets, nous devons respecter un protocole très précis établi par des scientifiques. L’étude s’est terminée par une constatation simple et rapide. Aucun des éléments en notre possession ne correspondait à ceux des gros mammifères vivant actuellement.
Nous sommes donc remontés plus loin et, comme ils ne sont pas nombreux, la seule conclusion possible restante, fut celle d’un animal de la famille des tyrannosaurus. Après avoir vérifié nos recherches, le résultat nous a paru si sensationnel que nous avons avisé immédiatement notre tutelle de Poitiers.
Aussitôt nous nous sommes imposés un black-out. C’est notre règle en pareille circonstance. Une seconde étude, plus approfondie, a confirmé cette première analyse, elle a nécessité la mise en place d’une équipe de chercheurs spécialisés en paléontologie. 
Nous aurions pu en rester là, et vous annoncer que ce n’était pas des restes humains mais, même pour les restes d’un éléphant nous aurions dû faire ouvrir une procédure judiciaire pour braconnage. C’est cet aspect récent des restes qui nous a le plus alerté au départ. Quelque chose clochait, Il y avait un problème, et rien ne correspondait aux normes habituellement connues ou répertoriées. 
Nous n’avons retrouvé dessus aucune trace de terre, Ces restes, n’ont jamais été au contact de quelque chose, ils n’avaient aucune souillure d’aucune sorte, c’est anormal. Ils ont même été lavés à l’eau bouillante récemment, sûrement pour les nettoyer, mais la terre laisse toujours des traces de carbone. Or, il n’y avait rien. Le néant. 
Nous avons donc appelé en soutient des spécialistes de nos laboratoires poitevins pour trouver une explication plus plausible à nos observations. Ils ont pu extraire, quelques gouttes de sang en suspension dans des veinules internes. L’analyse sanguine et les radios sont, sans aucune équivoque, ni doute possible. Elles sont sans appel. Nous en avons la copie ici, tenez la voici. »
Monsieur Brunet tend une feuille ou des chiffres sont effectivement inscrits ainsi qu’un texte dactylographié tamponné et paraphé du nom des chercheurs ayant effectué ces tests.
André :
« - Et alors … » 
L’autre Conservateur s’ était tu jusqu’ici, il prend la parole :
« - Ces ossements viennent d’un animal de la famille des tyrannosaures d’une trentaine de tonnes. Il était relativement jeune et encore vivant il y a moins d’une semaine. Le sang prélevé n‘était même pas encore  entièrement sec. Nous sommes devant une impossibilité scientifique totale. Aucun reste d’animaux de cette époque ne peut avoir cet aspect de fraîcheur, même s’ils ont été embaumés. 
Il est impossible que des cellules sanguines vivantes soient conservées dans les conduits sanguins d’une dent ou d’un os, en se gardant dans cet état de fraîcheur, alors que le dernier animal de l’espèce est mort, il y a 75000000 d’années. C’est impossible et pourtant c’est vrai. Il reste même quelques cellules vivantes, dans une des gouttes de sang récupérées ! 
Autre chose aussi improbable, les os ont été nettoyés avec des lames de couteaux en acier. Autrefois, ils ne connaissaient que le silex taillé. Les bols aussi présentent quelques anomalies. La glaise est  d’époque, c’est une sorte de caolin, le moulage a été fait à la main en utilisant une technologie et une maîtrise très ancienne.
La cuisson a été réalisée selon un façonnage pratiqué à l’époque préhistorique mais, elle date de moins de quinze jours grand maximum…Ici encore, nous avons des impossibilités, des contradictions et pourtant nos analyses sont formelles et heureusement incontestables, même si elles doivent encore être confirmées. Elles sont en cours en ce moment.
 Tout a été passé au carbone quatorze. C’est un procédé qui permet de connaître l’âge des objets que nous récupérons. Il n’en ressort que des vérités. Il y a une chance de se tromper sur 1000000. L’utilisation de ce procédé coûte très chère, donc, nous nous en servons que pour des recherches exceptionnelles, comme c'est ici le cas.
Il est donc important que l’on sache, comment vos enfants sont entrés en possession de ces pièces uniques pour comprendre l’impossible… »
Se tournant vers Pierrot :
« -C’est votre grand fils, je crois qui a… »
Pierrot sans aucune retenue le coupe sèchement :
« - J’ai déjà répondu plusieurs fois à cette question. J’ai rencontré un monsieur qui m’a confié ces objets. Même si ce que vous dites est vrai… »
Sentant Pierrot au bord de l’esclandre, André préfère prendre la parole. Il raconte ce qu’il sait depuis la première apparition de ce Monsieur en habit noir et sa seconde venue de jeudi, visite qui lui a été confirmée par le chef de gare.
Le Conservateur en Chef :
«  - Personne ici, ne peut ou ne veut  m’en dire davantage. »
André ;
«  - À moins de vous mentir Monsieur ou d’en rajouter, ce qui n’est pas le genre de la maison, vous en savez autant que nous !!! 
Maintenant, comment les choses vont-elles  se passer ? Jusqu’à présent, ces pièces ont été confiées à mes enfants pour les faire découvrir aux élèves de l’école publique. Vu l’importance qu’elles semblent représenter, j’en suis responsable avec mon épouse, mes enfants étant mineurs.
Elles ont un propriétaire. Nous devons le retrouver. C’est avec lui que vous devrez pendre des engagements, pas avec nous. Prenez contact avec lui. Aujourd’hui, vous faites des recherches sans son accord, c’est peut-être lui aussi un grand scientifique qui travaille en secret, chez lui, incognito. Par sympathie, il a prêté ces pièces intéressantes à nos enfants, dans un but éducatif. Vous avez pris de drôles de décisions sans nous en informer, je ne suis pas content du tout. »
Le Conservateur :
« - Monsieur Hillairet, ces choses appartiennent à l’histoire, je suis officier ministériel et à ce titre je saisis ces objets. J’en ai le droit, je vais par contre vous faire un reçu. » 
André :
« - Vous avez un tampon officiel ? »
Le chef conservateur :
« - Non pas sur moi, mais je suis fonctionnaire public et assermenté, voici ma carte… »
André regarde la carte bleu blanc rouge, mais remarque qu’en bas à droite, il est indiqué qu'elle ne peut être utilisée qu’en présence d’un officier de police judiciaire missionné par le Procureur de la république.
André :
« - Elle n’a aucune valeur, lisez. Vous nous laissez tout ceci, vous reprenez ce qui vous appartient, revenez avec qui vous voulez, aucun de ces objets ne quittera ma maison sans mon accord ou celui de leur véritable propriétaire. Je vous donne le nom et les coordonnées de mon avocat. Négociez avec lui. Je ferai, ce que mon conseil me dira de faire, soyez en certain. Prenez votre temps et faites les choses dans les règles, nous les respecterons. » 
Le conservateur est en rage. Il ne pensait pas rencontrer un paysan connaissant aussi bien ses droits, et aussi méfiant. Il ne s’est prémuni de rien. Il n’a aucun papier officiel sauf sa carte. Il n’a donc aucun pouvoir et seul contre tous, il ne peut rien faire. Mais  il reviendra lundi accompagné de la force publique, ils verront bien, lequel des deux aura le dernier mot. Il ne peut pas laisser une telle découverte en l'état.
C’est la première fois qu’il se trouve dans une telle situation et ne sait pas comment y faire face. Il trouve juste à répondre:
« - Je vous demande la plus grande discrétion, vous êtes responsable d’une des nouveautés la plus sensationnelle de ce siècle. S’il arrive quelque chose à ses objets, je vous ferais traduire pour vol ou détournement devant un tribunal correctionnel. »
Très mécontents, ils se lèvent, saluent, et quittent la maison immédiatement. Son collaborateur ne s’imaginait pas, comment une entrevue si bien commencée, ait pu tournée aussi rapidement à l’aigre et aux menaces. D’un bref salut de la main, tous les deux se retirent, leurs voitures démarrent et quittent la propriété.
Les deux intrus partis, André s’exclament :
« - Bon débarras, quel culot ! Bravo les enfants, la messe a été dite. Ils ignorent encore beaucoup de choses et leur dossier est loin d’être complet. Cela dit, leurs informations sont plus que troublantes. »
Pendant l’entretien, Germaine n’a pas pris la parole, mais n’en pense pas moins:
Germaine :
« - Tu te rends compte André, des restes d’un dinosaure vivant il y a moins dix jours. Mais je rêve. Pierrot dans quelle histoire nous entraînes-tu ? Tu le savais que ces os et la dent étaient les restes d’un dinosaure ! Il y a aussi ces bols dont vous ne vous séparez plus jamais, je me demandais pourquoi, ils ont tellement d’intérêts pour vous…Je crois que je commence à comprendre. Mais, comment le saviez-vous ? Que nous cache-tu encore ? J'ai parfaitement compris Pierrot que tu en sais plus que tu ne veuilles bien nous en dire !!! Je ne parle même pas du papillon, d'où sort-il ? Demain, nous allons apprendre qu’il a vingt mille ans. 


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