dimanche 7 mai 2017

La raison l'emporte.................................. enfin Episode 56


André :
« -Non, pas aujourd ’hui, je vais voir un match de football important. Le Réveil
joue la première place et je ne veux pas manquer cette affiche. »
Germaine :
« - C’ est nouveau, tu t ’intéresses au football maintenant… »
André :
« - Eh oui Germaine, ce n ’est pas parce que je ne vais pas aux matches, que le
football ne m ’intéresse pas. Tous mes copains y seront, j’ y serai donc aussi, avec mes fils. 
Germaine :
 « - Si j’ en crois mes yeux et mes oreilles, tu viens de commencer ta campagne
électorale. Tu as vraîment envie de devenir maire ? Tu ne crois pas que nous
avons assez de travail ? Ne compte pas sur moi pour en faire davantage, tu
te débrouilleras. 
Puis, s’adressant à sa mère :
 « -Maman la table est mise, tu as bien pris la nappe verte et les couverts du
dimanche ? »
La Grand-mère :
« - Ne me prends pas pour une demeurée, je sais que nous sommes dimanche, avec ce
que j’ai vu ce matin, il me sera difficile de l’oublier. J’ ai vu mon gendre à
la messe, presque à genoux devant notre curé, je ne pensais pas vivre assez
longtemps pour voir ça. »
André :
« - Et oui Grand-mère tout vient à temps pour qui sait attendre.
Germaine :
« - C’ est prêt, à table, la bonne cuisine n ’attend pas. »
En quelques minutes plus tard, toute la famille s'est assise autour de la table.
Comme chaque dimanche à midi André sert un verre de pineau à sa femme, à la
grand-mère et ne s’oublie surtout pas. Tenez grand-mère, prenez cette petite
douceur. J’ ai choisi du rouge, je le trouve plus fin.
La grand-mère :
« - Ton père Germaine avait la même habitude, chaque dimanche depuis mes 21 ans,
j ’avais droit à l’ apéritif, un dimanche du rouge, l’ autre c’était du blanc.
Quand il se trompait, nous entrions dans
des discussions interminables. Pour être tranquille, je marquais la dernière
bouteille utilisée à la craie avant de la ranger, comme si la couleur était
importante. Les deux étaient un vrai délice, comme le tien André, il est frais
et très agréable avant un bon repas.
André regarde son verre vide et lui propose de le remplir à nouveau en approchant le
goulot vers elle: 
La grand-mère :
« - Merci André, mais il ne faut pas abuser des bonnes choses, c’ est le secret de
ma longévité et je n’ ai pas envie de manger rapidement la racine par les deux
bouts.
Germaine :
« -Maman, on ne parle pas de ces choses à table, elles portent malheur… »
Germaine apporte les chipirons à l’ encre, chacun se sert et mange de bon appétit. Ils
abordent différents sujets et l ’humeur est badine. Le plat
est un rôti de bœuf cuit au four, avec une purée montée par Germaine au beurre
des Charentes. La cuisson est parfaite et André s’ extasie sur la qualité de
cette viande rouge qui fond dans la bouche.
Germaine :
« - Martial a des viandes toujours remarquables. Il sait surtout les faire mûrir.
Je les cuis toujours de la même façon, en deux fois. C ’est un peu plus long,
mais c’est bien meilleur.
André
très fier :
« - Et qui lui fournit une bonne bête à la viande persillée chaque semaine ?
C ’est bibi ! »
Gros Sel :
« - Et qui va chercher les vaches tous les soirs et les ramène à l’étable, c’ est
Gros Sel. »
André :
« - Ne mélange pas tout Gros Sel, toi tu ramènes les vaches à lait. Moi je te parle
des bêtes qui restent au pré, jour et nuit. Elles ne rentrent jamais à la ferme
et, à par moi ou quelques chasseurs à l’automne, elles ne voient jamais
personne.
Quand elle atteignent un certain âge, je les regroupe dans des champs où nous
enrichissons leur nourriture, soit avec des tourteaux, soit avec différentes
nourritures naturelles qui favorisent leur engraissement.
Tous les mois, le boucher vient les voir, il sélectionne les meilleurs et chaque
samedi nous livrons celles qu’il a retenue, à son abattoir. Il la garde jusqu’au
mardi suivant. Puis, elle est abattue, dépecée, découpée en quartiers. Il
conserve la viande pendant quinze jours au frais. Les quartiers restent
accrochés entiers à des crocs dans le noir. C’ est pendant cette période que la
viande mûrit.
Gros Sel :
« - Pourquoi, attendre quinze jours avant de la vendre, il perd du temps. »
André :
« - C’ est un rituel de qualité, chaque bête avant de mourir reçoit un choc. C’est
le stress de la mort. Il provoque au moment de son dernier souffle une
contraction musculaire longue à disparaître.
En laissant la viande entière se reposer dans le froid, les fibres et les nerfs se
relâchent progressivement. La viande noircie un peu, mais elle devient fondante
à la cuisson. Le boucher n’a plus qu ’à découper les différents morceaux qu ’il
définit en 3 catégories.
Les viandes à griller ou à dorer, les viandes à bouillir, les morceaux à braiser
pour les ragoûts. Il y a même une quatrième catégorie qui se compose de tous
les abats.
Le rôti de maman vient d’une pièce de viande de première catégorie. Le pot au feu
de Grand-mère est une viande de troisième catégorie et les ragoûts de la semaine
sont de la seconde catégorie.
Voilà les enfants, vous connaissez maintenant, les différentes étapes de la chaîne allant de l’ éleveur à celle du consommateur.
Les vaches dont tu nous parlais tout à l’ heure, servent à deux choses. Chaque jour
matin et soir, nous devons les sortir et les rentrer pour les traire. Le lait récupéré par la
laiterie sert à  fabriquer de la crème et du beurre. Certaines vaches sont utilisées pour la reproduction. J’ai donc une autre sélection de mâles et de femelles. Ils ne servent qu ’à ça. Je peux ainsi programmer chaque année, de nouvelles naissances. Il me faut aussi garder quelques veaux. À dix mois, je les envoie à la boucherie. Mais, j’ en conserve
certains, pour grossir le cheptel afin de faire face à l’augmentation de la
consommation annuelle.
Ce n’ est pas un travail de tout repos. Un agriculteur, doit être présent tous les
jours dans son exploitation, les bêtes sont comme vous, elles doivent se
nourrir plusieurs fois par jour, avoir de l’ eau en quantité suffisante, il faut
les suivre avec le vétérinaire car elles peuvent tomber malades.
C ’est beaucoup de travail chaque jour. Nous ne pouvons jamais nous absenter plus de
quelques heures. Les bêtes ont des habitudes bien réglées. Nous devons les
respecter, sinon elles reviendraient rapidement à l’ état sauvage. Nous aurions
des complications, la perte de notre qualité, de poids, ce serait
catastrophique pour notre exploitation. »
Toute la famille écoute avec attention, respect et une pointe d’admiration le monologue d’André.
Quand il se tait, Germaine rajoute :
 « - Votre père à raison, mais je préfère que vous alliez à l’école, passiez des
examens et soyez plus libres de vivre une vie plus moderne. Pour cela il faut
continuer à bien travailler à l’ école. »
Le dessert est apporté sur la table, suivi du café et il est un peu plus de 13
heures 30 quand André quitte la table pour aller faire un petit tour dans sa
cour.
Le voyant sortir, Germaine lui glisse avec un sourire :
« - Fais attention André, tu n ’es pas en botte, tu as tes souliers vernis, fait
attention à ne pas marcher dans la m… ..des vaches.
Il retourne à la maison quelques minutes plus tard, remet sa cravate qu ’il ne
ferme pas jusqu’ au col, enfile sa veste et dit aux enfants :
André :
« - En route, je vous emmène au football, aujourd’hui nous jouons la première place
nous devons être tous supporters du Réveil de Loulay. »
Pierrot s’ attend depuis hier, à ce que son père aille au foot ce dimanche. Il va
vouloir parler au vieux Monsieur. …Il va marquer son père à la culotte et
profiter de sa moindre inattention pour s’échapper, à moins que Tapioca plus
libre, aille chercher les cartes de visite au château. Il va devoir improviser
selon les différents scénaries qui s ’offriront à lui.
Les deux femmes de la maison regardent leurs hommes monter dans la voiture et s ’éloigner. C ’est la première fois qu ’André va voir un match depuis qu’ils sont mariés. Les deux femmes croisent leurs yeux d ’un regard qui en dit long. Tout est entrain de basculer, leurs habitudes sont modifiées. Ceci n’est pas pour lui déplaire, ce chamboulement se fait enfin dans le sens qu ’elle a toujours souhaité donner à sa vie. Elle a toujours rêvé que son mari abandonne le communisme, qu ’il retrouve le chemin de l ’église et soit plus près des enfants. Elles voulaient que ses petits travaillent bien à l’école, qu ’ils soient en bonne santé et que leurs affaires soient prospères pour que chacun ne manque de rien. 
Depuis ce matin, Dieu l’ a entendu et elle est pour la première fois de sa vie
entièrement comblée, même si certaines choses restent encore inexplicables.
Pourvu que cette embellie dure longtemps. Avisant la bouteille de pineau
qu’ André a oublié de ranger dans le placard, elle prend deux verres qu ’elle
venait de laver et les remplit à ras bord.

Les deux femmes s ’en saisissent et en levant leur verre bien haut, trinquent
à la santé de leurs hommes. Les verres sont engloutis en moins de temps qu ’il
ne faut pour l’ écrire et reposés sur la table. Elles se regardent heureuses et
éclatent de rire.
Pendant cet épisode entre femmes, les hommes sont arrivés au terrain de football. Leur
arrivée ne passe pas inaperçue, surtout après l'escapade d'André  ce matin à la
messe.
Il y a déjà, beaucoup de spectateurs présents autour du stade qui viennent soutenir
les efforts des joueurs locaux. Les deux équipes sont déjà sur le terrain et
s’ échauffent comme de véritables professionnels.


Enregistrer un commentaire