dimanche 12 février 2017

L'Emotion d'un premier voyage vers le ciel.......................Episode 15



Le lendemain matin à 9h15, nos cinq aventuriers se retrouvent d’avant la grille. Le jardinier les attend.
 - "Bonjour les enfants. C’est bien, vous êtes à l’heure. Le docteur va être content, depuis 5 heures ce matin, il est sur notre dos, il tient à ce que tout soit prêt. "
 - " Bonjour Ralph "dit Tapioca.

Ils ont tous un sac à dos, dans lequel ils ont enfermé toutes  sortes de choses  :  bouteilles d’eau, pulls,  imperméable, lunettes,  jumelles, couteaux, canifs. Gros lard a mis une demie baguette , une tablette de chocolat et Tapioca quelques livres  dont un  d’histoire qu’elle a glissé dans son sac pour en parler avec le docteur pendant leur long voyage
Ralph.
 - "Vous  voilà bien équipés " leur lance t-il, en voyant leurs sacs à dos gonflés à bloc
Pierrot:
 - "  Nous sommes prévoyants  "

Ils pénètrent dans le château. Les chiens sont là en remuant leur fouet de bonheur en reconnaissant les enfants, c'est plus marrant depuis qu'ils sont là se disent t'ils sans doute. Ils  les attendent debout sur leurs pattes arrières , celles de devant  sont posées à plus de 1.80 mètre  du sol sur  les barres du petit portail de l'entrée. 
Ils aboient par petits jappements. Les enfants sont leurs copains désormais. et veulent être les premiers à recevoir leurs mamours dès qu’ils pénétreront dans le parc.
Dès leur entrée, c’est la fête, à coup de  langues, ils essaient de les lécher. Très vite Gros Lard et Gros Sel se retrouvent sur les fesses, dans l’herbe. Ils crient , ils rient, se relèvent et , bruyamment accompagnés par Peter et les chiens, ils marchent vers le château.
Au coude du chemin entre les deux cyprès élancés, ils découvrent un spectacle ahurissant. Au milieu du parc,  s’élève tout droit, bien gonflé, un ballon  énorme,  jaune et bleu. Souvent ils l’ont vu passer en l’air , mais cette fois il est là, majestueux, éclatant dans la lumière et le soleil  droit comme un I . Ils se  balance au grès du vent. 
Ses jupes sont descendues et la flamme  bruyante d’un gros réchaud chauffe l’air qui pénètre dans la corole de toile bariolée.
La nacelle en osier  tressée est retenue au sol par des cordes tendues. Elles sont  aussi grosses  que les mollets de Tapioca. Des sacs de sable sont accrochés à des esses métalliques sur tout le pourtour .
A mesure qu’ils s’approchent, leurs yeux s’écarquillent. Ils enjambent les cordages accrochés aux pieds des arbres.  Ils sont à moins de trois mètres de la nacelle. Elle leur paraît immense. Un escabeau de bois est accroché à elle, il permet de se hisser à l’intérieur.

Le  Docteur Melchior est là lui aussi, donnant des ordres, secs, brefs, précis. Chacun fait son travail. Il vérifie, la pression des manomètres placés sur un pupitre. Il règle son ordinateur de bord. Il a  dans les mains une grande feuille sur laquelle  il pointe des cases, c’est son check list. 
Comme dans une fourmilière, chacun s’affaire avec précision.
Le docteur se retourne et aperçoit les enfants..  »A mes petits  !  », s’écrit-il,  vous êtes arrivés, je suis à vous dans un instant, je termine. Je n’en ai que pour quelques minutes.
Quelques minutes plus tard,
 - "Voilà, j’ai terminé,  Ah  ! Tapioca, mais vous êtes chargés comme des bourricots
Le Docteur Melchior:
 - " Peter "
 - "Oui  Docteur"
Le Docteur Melchior
 - "Prenez les affaires des enfants et mettez-les dans la grande malle derrière la nacelle".
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les  cinq sacs  disparaissent dans le  fond d’une grande male en osier, posée et accrochée par des lanières de gros chanvre sur le plancher de la nacelle. Leur est ouvert. 
Tout  est prêt.
Le docteur retourne sa feuille de route et coche les dernières cases. Le check list est plein, les vérifications sont terminées et  le départ est imminent.
Il monte dans la nacelle, s’approche du pupitre, contrôle les dernières mesures…Celle du vent, de la pression, la température, il regarde le baromètre, tout lui semble parfait.
Le Docteur Melchior:
 - " Tout va bien"  dit-il. Peter, Ralph embarquez tout le monde,  Allez en route," 
Ces derniers empoignent les petits par les hanches et les hissent à l’intérieur du grand panier d’osier. Plus grand , Pierrot, Tapioca et  Saucisse se glissent à l’intérieur en se servant de l’escabeau.
Le Docteur Melchior:
 - "Asseyez-vous là et  attachez vos ceintures" .
Ils font basculer les sièges, s’assoient et  s’attachent avec de grosses ceintures qui claquent quand on les clipse.
Le Docteur Melchior: 
 - "Vous êtes bien installés".

Les enfants:
 - "Oui docteur"  ! répondent-ils tous en chœur.

le Docteur vérifie une à une les ceintures de nos amis et satisfait se retourne vers Ralph et lui dit:
- "C'est bon, nous pouvons partir à Bientôt"
Ralph:
-"Bon voyage Docteur, bon voyage les enfants" leur répond t'il en faisant un petit geste d'adieu de la main.
Peter  s‘approche de la nacelle, décroche l’anneau de son étrier,  pendant que Ralph fait la même chose de son coté.
Le ballon, toujours attaché par deux autres gros cordages tangue un peu n'étant plus retenu et glisse sur le sol poussé par le vent mais ne peut encore s’envoler.
Ralph et Peter sont maintenant au pied des arbres et  défont un à un les nœuds de marin et libèrent la corde. Elle glisse le long du tronc, comme un serpent autour d’une branche.
Le ballon s’élève, tout doucement pendant quelques secondes puis, rapidement nous sentons une petite accélération.
Le Docteur Melchior tire une petite manette au-dessus de sa tête et augmente la puissance de chauffe, le bruit du brûleur augmente et le ballon s'élève cette fois nettemment du sol comme une fauille emportée vers le ciel par le vent chaud de l'été.
Les enfants sont médusés, ils ont les mains sur le rebord de la nacelle, le menton posé dessus, et ils observent ce départ que le plus rêveur d'entre-eux n'aurait jamais oser espérer. 
Un sentiment d'orgueil les envahit mais chacun ne peut se pencher de penser ne serait ce qu'un instant, si nos parents nous voyaient...Seule pragmatique comme toujours Tapioca prend quelques photos...
Nous montons vers le  ciel, nous sommes déjà à quatre ou cinq mètres de haut. Peter et Ralph nous font des signes de la main pour nous dire au revoi 
Ils répondent sans réfléchir, tant ils sont pris par la magie du moment. Le ballon continue de grimper,  glissant dans l'air avec l'agilité d'un gros oiseau il est maintenant au niveau de la cime des arbres.
Pierrot lève la tête, il  voit un grand trou béant et une grande flamme bleue qui chauffe bruyamment. Le ballon a pris de la hauteur, 20 mètres peut être.
Ralph et Peter  sont devenus tout petits. La piscine est là sous leurs yeux ébahis. Le toit du château est maintenant sous eux. L'’aéronef  s'’accélère encore un peu, porté par les  courants chauds de l’été. 
Le docteur lâche quelques sacs de  sable qui retombent  dans le parc. Il remonte très vite les grosses cordes qui pendent encore vers la  terre. Il les enroule autour d’une roue placée là, tout exprès.
Le Docteur Melchior:
-" Voilà tout est en place dit-il. Direction sud ouest. Paré pour le voyage..."

Il a placé l’'Intemporel, grâce à une manœuvre œdélicate, face au vent tiède qui nous caresse le visage et le ballon commence à dériver vers le sud ouest ...

Les enfants ne  disent pas un mot, ils sont subjugués, l'’Intemporel dépasse les murs du château et porté par le vent, il se glisse au-dessus de la campagne.

Tapioca:
-" Que c'’est beau !."
Le Docteur Melchior:
-" oui les enfants et vous n'avez rien vu attendez un peu. Pour le moment découvrez votre village vu d'en haut."
Pierrot:
-" Regardez la ferme où j'’habite, la route de Lozay , la gare, le château du Docteur, l’'église, le terrain de foot, le château d'’eau, la place, on dirait une carte postale."

Nous volons en direction du bois de Saint-Martial. Le ballon se balance tout  doucement comme un bateau sur une mer calme qui subit le roulis de la mer, il semble suspendu dans les airs.
En bas, les maisons deviennent des maisons de poupée, les voitures, des boites d’'allumettes et les champs, des taches de peintures vertes ou  jaunes. Les vaches dans les champs ressemblent à des santons de Provence. Les blés ondulent sous  le soleil comme des déferlantes, longues et régulières.

Tout semble un mécanisme bien huilé, mis place par une main magique, comme un puzzle assemblé sur une surface infinie. Ils voient  loin, très loin,  jusqu’à l’endroit où le ciel rejoint la terre en une ligne invisible qu’e tous nous appelons l'’horizon.
Tapioca:
- "Quelle beauté divine. Vous aviez raison, c’'est inimaginable d'’en bas".

Des oiseaux les accompagnent comme pour les saluer. Des hirondelles zèbrent le  ciel , déroutantes et vives. Quelques rapaces, toutes ailes déployées, planent  dans le silence des airs, l'œ’œil en exergue, prêts à plonger sur leur proie. 

L'’intemporel aussi est devenu oiseau, mais le plus saisissant, c'’est le silence, le calme. Le ballon est maintenant à 300 mètres du sol. Ils peuvent apercevoir  leur village au loin, tout petit, mais le docteur leur montre aussi  Villeneuve la  Comtesse, Lozay, Courant, Dampierre, la Boutonne qui serpente, calme et  sereine sous le soleil et tout au loin Saint-Jean d’Angély avec ses tours, ses églises et  ses vieux  vestiges. Tout un poème mais tout une page d'histoire de la France.
Saucisse:
-" Moi j’ai déjà compté 16 cimetières et 18 églises..." 

Le Docteur Melchior:
- "C’'est bien, mais il y a quand même d'’autres choses à contempler, lui répond le docteur."
L'’ambiance est gaie à bord du vaisseau, ils sont  heureux d’être là, heureux d’être libres, heureux de découvrir la vie. Quelle bonne idée ils ont eu d’'avoir décidé d'’envahir le château. 

Ils sont partis depuis déjà un bon quart d'’heure. Le docteur règle son cap sur le vent . Nous glissons dans un calme olympien. Rien  ne peut leur arriver ou presque. Les sécurités sont mises en place. Ce sont des barres métalliques accrochées à la nacelle par des courroies de cuir. Si , pour une raison  quelconque le ballon oscille ou bascule personne ne peut  être projeté à l’'extérieur. En vol, ils sont comme dans une cage sauf si par hasard...
Le Docteur Melchior:
-" Les enfants, vous pouvez vous détacher maintenant, tout va bien."

Ils ne se le font pas dire deux fois.

Le Docteur Melchior:
-" Vous pouvez vous promener dans la nacelle."

Saucisse:
-" Docteur, que mettez-vous dans la malle?"
Le Docteur Melchior:

-" Ce sont toutes les choses dont nous pourrions avoir besoin au cours du vol. Des outils, des cordes, des cartes et plein d’autres choses essentielles quand je voyage"
Saucisse qui aime fouiner partout:
-" Je peux regarder..."

Le Docteur Melchior:
- "Ouvre la si tu veux, mais ne touche à rien. Ce ne sont pas des jouets." 

Il ouvre la malle, retrouve leurs sacs bien rangés au centre. Fixés au  couvercle, il y a une trousse de survie prête à servir, une hache, une scie, un marteau, une clé à molette, des pointes, du fil de fer, des cordages, une massue. Sur les côtés, plusieurs fusils, des boites de cartouches, deux pistolets, des  boites de balles, des cordages et plein d'’autres choses que n’'auraient pas désavoué certaines panoplies du plus parfait bricoleur.
Pierrot:
-" Pourquoi emmenez-vous tout ça docteur demande t'il ?

Le Docteur Melchior:
-" Je fais parfois de longs voyages. Je dois me protéger, on ne sait jamais ce qui  peut arriver. Je veux être capable de faire face à toutes les éventualités."

Si les enfants doutaient encore du sérieux de leur sécurité, les dernières explications du docteur et ses précautions les ont satisfaits.
Tapioca:
"Docteur, pourquoi avoir choisi de mettre le Petit Prince sur votre ballon..."
Le Docteur Melchior:
-"Tout d'abord, Claudine..."
Tapioca:
-"Je ne m'appelle pas Claudine...."
Le Docteur Melchior:
- "Oh excuse moi, ma mémoire me trahit parfois, c'est Béatrice je crois..."
Tapioca:
- "Oui Docteur"
Le Docteur Melchior:
- " je te disais donc que si j'ai mis Le Petit Prince en exergue c'est que Saint- Exupéry était un ami qui est mort tué par un allemand dans son avion au dessus de la mer méditerannée. j'ai eu beaucoup de peine et depuis quand je voyage il est toujours auprès de moi. Aujourd'hui, je pense que c'était une idée prémonitoire, le Petit Prince est à sa place ici avec nous pour nos petits voyages et je crois qu'il va nous protéger. Les choses de la vie ne se font jamais par hasard. Nous faisons des rencontres qui nous conduisent à faire des choses dont nous comprenons les raisons que bien plus tard mais nous indique et nous prouve que nous sommes bien sur le chemin qui nous a été confié sur la terre."
Les enfants:
-" Oui d'accord mais comment connaître et savoir la route que l'on doit prendre? Il y en a beaucoup"...
Le Docteur Melchior:
-" je sais , je sais mais sans le savoir le grand architecte vous met sur la voie, il nous fait se rencontrer, nous reconnaître, partager nos valeurs, associer nos idées et les choses se font et défont au fur et à mesure que les jours passent..."
Saucisse:
-"C'est quoi un grand architecte, moi je suis allé en voir un avec mon Père à Saintes, il n'était pas grand du tout, mais gros et il parlait tout le temps, je me suis ennuyé à mourir pendant deux heures."
Le Docteur Melchior:
-" Il ne s'agit pas de ces architectes là, quoiqu' ils peuvent avoir des points communs
il s'agit de philosophie, certains les appellent Dieu, d'autres autrement disons que ce sont ceux qui ont créé le monde. Moi je l'appelle le Général Nature et personne n'a pu à ce jour lutter contre la nature sans perdre. Tout ce qui est ou vit autour de nous, nous mêmes, sommes cette émanation que la nature a conçue et c'est pourquoi il faut la respecter. C'est notre mère à tous".
Gros sel:
-"Ma Mère va être jalouse, déjà qu'elle ne supporte pas que quelqu'un me fasse des câlins."
Gros Lard:
-" Tu n'es pas forcé de lui dire que tu as une autre Mère"
le Docteur s'amuse des bons mots des enfants. Il se délecte de cette nouvelle félicité que la nature lui a apporté et qui le réconcilie avec le monde des vivants.
Tapioca:
-"C'est quoi en réalité la philosophie?"
Le Docteur Melchior:
"C'est un art de pensée, d'explication de la vie, des choses, c'est un art de vivre,
c'est une façon de parler, de partager, de comprendre, d'apprendre pour s'aider soi même pour mieux aider les autres."
Le Docteur parle lentement, choisi ses mots, l'ordre dans lequel ils sont dispensés de façon à être certain qu'ils les comprennent, même les petits et surtout que tous s'en souviennent.
Pierrot:
-" Par exemple?"
Le Docteur Melchior:
-"La vie d'une femme ou d'un homme est comme un escalier qui comprend un certain nombre de marches que nous allons grimper une à une. Chaque marche pour est un effort que chacun doit faire et il va durer un certain temps qui ne dépendra que de vous. Plus vous apprendrez vite, plus vite vous passerez sur une autre marche. Chaque marche a une clef secrète qui est au fond de vous cachée. Pour pouvoir vous élever, il va donc falloir descendre à l'intérieur de vous même pour vous donner les forces nouvelles vous permettant de chercher et de trouver cette clef."
Saucisse:
-"Descendre dans mon corps, et passer par ma bouche mon derrière ne passera jamais!!!"
Gros Lard:
-"Il va falloir tous maigrir!!! Même Tapioca qui a un corps de libellule"...
Le Docteur Melchior:
-"Il ne s'agit pas de descendre physiquement, il s'agit de descendre avec votre cervelle. Sans le savoir vous avez déjà tous ouvert la première porte puisque vous êtes là, assis devant moi.
Gros sel:
-"Elle est ou cette porte que j'ai ouverte"
Le Docteur Melchior:
La première porte que nous ouvrons, c'est celle de la vie quand vous décidez de sortir du ventre de votre mère. C'est vous qui avez décidé de ce choix le jour ou vous vous êtes senti assez fort pour le faire. Ce jour là vous avez trouvé la clef dans votre subconscient et ouvert la porte de la liberté et de la vie sur terre. Ce fut votre première initiation d'être humain et l'arrivée sur la première marche. Imaginez l'effort que vous avez du faire pour passer seul d'une vie d'assisté à celle que vous avez choisie. Celle de la lumière du jour et de l'air ambiant.
Pierrot:
-"Et aujourd'hui nous sommes sur quelle marche dit il?"
Le Docteur Melchior:
-"je ne sais pas, mais une chose est sûr, c'est que nous sommes vous et moi entrain de passer un palier et qu'il va falloir y réfléchir...
Tapioca:
-" C'est ça la philosophie.!!!"
Le Docteur Melchior:
-"Cela en fait partie, la philosophie s'est le sens et l'explication que l'on donne aux choses que l'on vit ou que l'on voit ou entend. C'est une science en fait...
 A suivre... j'ai  raccourci les épisodes de chaque jour à la demande des internautes lecteurs qui les trouvaient trop longs et devaient les lire en plusieurs fois. Beaucoup d'entre vous les lisant à partir du travail et n'ayant pas que cela à faire... Je vous ai donc écouté. 
A demain pour la suite de nos astraunautes en herbe et du Docteur Melchior dans son aéronef l'intemporel...


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