dimanche 15 janvier 2017

Fantasmagories


La cuisine est une des lumières de la Provence,
Elle l'illumine.
Elle est comme le mistral 
Tantôt implacable,
Tantôt caressante
Tantôt enjoleuse.
Elle joue avec les couleurs, avec les ocres,
Avec les ors de ses terres,
Avec la clarté de son ciel bleu
et sa transparence unique.
Rien n'est plus romantique que ces mélanges,
Partagés entre l'image des paysages cahotiques,
parfois lunaires,
parfois violents,
Perdus entre les somments des montagnes
Et les abîmes vertigineuses de ses gorges.
A leur pied, tout au fond, 
Coule calmement les eaux vertes de la rivière 
Où seules, les ombres pourpres du soleil
Viennent troubler la quiétude
De la réflexion du temps.
Ici, l'homme peut enfin entendre
le vacarme étourdissant du silence,
Les bruits insolites qui l'habitent
Et écouter le vent parler.
Il le fait avec la voix de l'olympe du goût.
Le Mistral a balayé, lavé, nettoyé les sols,
Purifié les airs et les ämes                                                 
Il est le Maître.
Il a déformé et reformé le tronc des oliviers millénaires,
Laissant au seul soleil,
Le soin d'en nourir
Et mûrir leurs fruits
De ses rayons chauds et puissants.
Les impressionnistes d'hier,
Van Gogh, Picasso, Gaughin
Ont été fascinés par les arbres sacrés du temps,
Et peint des paysages de sang, de pourpre ou bien d'or.
Ils les ont magnifiés pour l'éternité
Sur une toile trop exigue pour eux,
mais la violence des couleurs,
Est pour une fois maîtrisée.
Aujourd'hui, d'autres impressionistes,
Ceux du goût,
Jouent à leur tour à marquer les mémoires.
Ils peignent à leur façon
La symphonie des sens.
Mémoire des mots et des couleurs,
Mémoire des goûts et des odeurs,
Mémoire tactile et auditive,
Tout est mémoire.
C'est aussi celle du temps,
c'est unique
et c'est dans ce colorado Provençal
Là ou les pierres ont des racines
et les murs des odeurs.
Mon jardin des sens
N'augmentera pas la faim,
Il n'augmentera pas la soif,
Il l'apaisera.
C'est dans cet agrément que je vieillis,
Espérant seulement faire davantage chaque jour, 
Pour mieux encore vous servir.
Pierre Marchesseau


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