mardi 21 juillet 2015

Ces jeunes qui secouent la Bourgogne ...



À trente ans, ils n'ont plus rien à prouver. En tirant les leçons des erreurs de leurs aînés, ils sont déjà au sommet de leur art.
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Avec le succès après guerre des vins de Bourgogne, les vignerons se sont rapidement convertis au productivisme forcené, à grand renfort d'engrais chimique, de désherbant, d'enjambeurs et de machine à vendanger, efficaces mais peu respectueux des terroirs et des vins. Il en résultait souvent des vins délavés, insipides, indignes de leurs appellations. Face à cette dérive, des vignerons de talent ont su montrer la voie dès les années 1990 et ont redressé une situation périlleuse. Produire de grands vins était devenu une condition de survie pour un vignoble malmené. Cette course à la qualité a récemment bénéficié d'un coup d'accélérateur avec l'arrivée d'une nouvelle génération prometteuse, portée sur la recherche de la perfection et le respect des terroirs.


Renaissance d'un domaine
Thibault Liger-Belair
Tel est le cas de Thibault Liger-Belair. En six millésimes, ce jeune surdoué du vin est même devenu une référence à Nuits-Saint-Georges. Il a fait resurgir de ses cendres une propriété qui n'était plus que l'ombre d'elle-même. «Imaginez que le domaine, créé en 1720, fut l'un des plus importants de Bourgogne. Son déclin commence en 1930 lorsqu'il est scindé en deux. La crise des années 1970 lui fut par la suite fatale», explique Thibault. À la fin, il ne reste plus que quelques pieds de vignes donnés en fermage. Mais ses séjours répétés à Nuits-Saint-Georges dans la demeure familiale, au contact de Bertrand Machard de Gramont, un viticulteur à qui la famille loue les installations et quelques vignes, font naître en lui une vocation. Après des études à l'école du vin de Beaune et des passages dans quelques entreprises œuvrant dans le monde du vin, il reprend les rênes du domaine en 2001. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, il se rend compte que le vin se fait dans les vignes, et non dans les caves. «Le vin, c'est avant tout le sol . Il fallait redonner vie aux vignes qui pendant trente ans avaient subi les excès des désherbants, des traitements chimiques et du tracteur. » Il passe immédiatement ses vignes en culture biologique, puis se lance dans la biodynamie en 2005 «Il s'agit d'aider la vigne à tracer sa propre route », dit-il humblement. Le succès est fulgurant, et ses vins sont recherchés dans le monde entier.


Louis-Michel Liger-Belair
La famille Liger-Belair a la chance d'avoir en son sein plus d'un vigneron d'exception. Louis-Michel, son cousin, dirige depuis 2000 à Vosne-Romanée le domaine du Comte Liger-Belair. À l'instar de Thibault, il s'est rapidement positionné sur le très haut de gamme. «Du domaine historique, créé en 1815, la famille n'a réussi à conserver que la Romanée et les Reignots », explique Louis-Michel. Et par respect pour cet héritage, il décide de tout mettre en œuvre pour tirer le meilleur de ses vignes. «Ma philosophie peut se résumer en trois points : pas d'extraction, pas d'intervention et privilégier le travail à la vigne. Nous avons d'ailleurs fait revenir le cheval pour éviter le tassement des sols, et je suis en train de convertir la totalité de mon vignoble à la biodynamie» , explique Louis-Michel Liger-Belair. Il en résulte des vins d'une extrême élégance, qui réussissent à sublimer le terroir dont ils sont issus.


Des petits domaines aux grandes maisons
Sylvain Loichet
Un peu plus bas, à Chorey-les-Beaune, un jeune vigneron s'attache à appliquer à ses vignes les mêmes principes de respect et d'excellence. Sylvain Loichet a décidé de reprendre en 2004 les vignes acquises par son grand-père et confiées jusque-là en fermage. Et là aussi, le coup d'essai se transforme en coup de maître. «Dès le début, j'ai appliqué une viticulture respectueuse de l'environnement, sans désherbant. Depuis le début de l'année, je suis même 100 % en biologie.»
Ce mouvement de fond ne concerne pas uniquement les petits domaines «haute-couture». Il gagne aussi les grandes maisons, pourtant réputées très traditionalistes. Lorsque Erwan Faiveley, septième représentant d'une famille vouée aux vins de Bourgogne, reprend à 25 ans, en 2004, les commandes du domaine Joseph Faiveley, tout le monde s'attend à ce qu'il chausse tranquillement les bottes de son père.


Erwan Faiveley
Mais derrière son air timide et discret, il entonne une révolution tranquille dans la maison. Il a l'intelligence de s'entourer des meilleurs professionnels. En 2006, il embauche Bernard Hervé comme directeur général. Le tandem va immédiatement fonctionner. Ensemble, ils revoient toute l'échelle de production, du travail de la vigne aux installations techniques en passant par la futaille. Le résultat est impressionnant. Les vins, naguère austères, deviennent flamboyants et replacent la maison à la tête de la Bourgogne.



Ludivine Griveau
Même révolution tranquille chez Pierre André SA. Cette maison de négoce traînait comme un boulet deux marques médiocres : Corton André et la Reine Pédauque. Lors du rachat en 2002 par le groupe belge Ballande, la nouvelle direction décide de relancer une politique de qualité. Ils embauchent tout d'abord Benoît Goujon comme directeur général, puis la jeune œnologue Ludivine Griveau. Immédiatement, le tandem fonctionne à merveille. Il faut dire que Ludivine a du répondant, ayant été formée chez Antonin Rodet et au domaine Jacques Prieur par Nadine Gublin, la grande dame de la Bourgogne. «J'ai été impressionné par son sens de la précision et sa rigueur », explique Benoît Goujon. C'est effectivement la précision dans l'élevage et la vinification qui sont désormais le maître de mot de Pierre André. Les blancs sont purs, droits et cristallins, et les rouges sont peu extraits et pleins de fruits. Des grands vins de bonheur.
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